Historique des plaques bilingues
A Mulhouse
E n 1989, les élections municipales aboutissent à une
alternance à Mulhouse : le PS, emmené par
Jean-Marie
Bockel conquiert la Mairie. Dans la foulée,-et c'est une première
en Alsace - émarge au sein de la liste des élus, une "Conseillère
municipale déléguée à la LCR -Langue et à
la Culture régionale-", en la personne de
Evelyne
Schmitt-Troxler, fille d'un auteur, cabarettiste, poète dialectal
éminemment connu en Alsace :
Tony
Troxler.
Dès son entrée en fonction, Evelyne Schmitt-Troxler lance une
série d'initiatives en vue de revaloriser la Langue et Culture régionale
à Mulhouse, se traduisant notamment par un programme de mise en place
de plaques bilingues. Une commission est créée afin de définir
le contenu de ce programme.
Une première réunion de travail de cette commission se déroule
alors, à cette fin, le 13 novembre 1990. Pour l'anecdote, le débat
porte notamment sur le choix entre le dialecte (Elsässerditch) et le Haut-Allemand
(Hochdeutsch) pour l'expression en langue régionale de la plaque.
Il est intéressant de rappeler à cet égard l'argumentation
développée à cette occasion par Evelyne Schmitt-Troxler,
qui figure dans le compte-rendu de cette première réunion :
- utilisation de la langue allemande standard (Hochdeutsch)
- sensibilisation de nos concitoyens à l'aspect historique des
dénominations (en allemand avant 1797 et durant les périodes
allemandes)
- enseignement scolaire de cette langue considérée comme
l'expression écrite de notre langue régionale
- corrélation avec les nouvelles perspectives européennes.
- utilisation du dialecte
- officialisation d'un moyen d'expression culturel et artistique primordial
dans notre région .
- sauvegarde de notre langue maternelle : si les dénominations
de rues ont toujours été désignées en allemand,
l'hypothèse de plaques en dialecte ne saurait cependant être
totalement écartée.
- attitude peut être réservée (réminiscences
historiques) d'une
partie de la population à une version allemande.
Alors que la commission semblait privilégier, à la lecture du
compte-rendu de cette réunion, la "version allemande", le dernier
argument prévalut et ce fut finalement la dénomination dialectale
qui fut retenue. Il s'agissait en la matière de ne pas être...
à coté de la plaque et de ménager certaines sensibilités.
Un premier programme d'une trentaine de rues fut retenu, situées essentiellement
dans le noyau historique du Vieux Mulhouse, mais la commission n'excluait pas
, (sic) "l'extension de l'opération dans un deuxième temps
à d'autres quartiers".
Le
23 mars 1991, 5 mois plus tard, furent
installées les toutes premières plaques, essentiellement autour
de la place de la réunion, coeur historique de Mulhouse.. La principale
artère commerciale de Mulhouse,
la
rue du Sauvage/Wildemannsgass, afficha la première plaque bilingue
qui fut inaugurée le 23 mars, en présence notamment des Maires
de Mulhouse (Jean-Marie Bockel) et de Strasbourg (Catherine Trautmann).
L'événement provoqua de nombreux remous et controverses, mais
un large mouvement d'opinion, illustré par la circulation d'une pétition
"en faveur du développement des plaques bilingues à Mulhouse",
et structuré par une association de fait se nommant "
Initiative
pour le développement des plaques bilingues à Mulhouse"
recueillit quelque 570 signatures remises au Maire lors du Conseil municipal
du 28 mai 1991.
Fort de ce soutien populaire et porté par la mobilisation et l'enthousiasme
d' Evelyne Schmitt-Troxler, le programme se poursuivit progressivement, et par
vagues successives, les plaques bilingues essaimèrent et s'inscrivent
aujourd'hui naturellement dans la paysage public mulhousien, puisque en 2005,
56 rues de Mulhouse affichent une plaque bilingue.
La politique des plaques bilingues bénéficie désormais
d'un quasi-consensus parmi les élus, toutes tendances confondues et d'un
large soutien de la population, comme en témoignent de régulières
expressions dans la presse locale.
Petit à petit, les plaques bilingues s'égrènent également
hors de l'enceinte du Vieux Mulhouse, comme en témoigne l'inauguration
d'un nouveau parc en 2005,
le Parc de
la cotonnière qui, sur l'emplacement d'une ancienne usine, jouxte
la "
cité
manifeste" . Ce parc affiche également une dénomination
dialectale, en l'occurrence "Baradrackgàrta". (Remarque : pour
en connaître la signification et l'origine, n'hésitez pas à
cliquer sur "parc de la cotonnière", dans la liste des rues
et lieux bilingues).
En 2007, le conseil de quartier "Cité-Briand" (l'un des grands
quartiers ouvriers du Mulhouse du 19 ème siècle) s'est investie
du sujet. Le conseil de quartier, et ce fut une première, a alors engagé
une véritable démarche citoyenne pour sélectionner une
douzaine de rues susceptibles de porter une appellation bilingue. Des propositions
ont été faites en ce sens à la municipalité et les
plaques de ces 12 rues ont été mise en place fin 2007/Début
2008.
En mars 2008, Jean-Marie Bockel a été reconduit dans ses fonctions
de premier magistrat, à la tête d'une municipalité d'Union
regroupant des membres de son parti (Gauche moderne), de l'UMP et du Centre.
Dans la foulée, la nouvelle municipalité a mis en place une "cellule
langue et culture régionale", composée dEvelyne Schmitt-Troxler
et de Patrick Hell.
Celle-ci instruisit alors, courant 2008, un programme d'extension du périmètre
des plaques bilingues portant sur 20 rues et places supplémentaires.
Ce programme a été validé à l'unanimité des
conseillers municipaux lors de la séance du conseil municipal du 16 février
2009. 57 nouvelles plaques bilingues, portant sur 20 rue ont été
mises en place à Mulhouse courant 2009.
Cette même année, deux Conseils de quartier se sont emparés
du dossier et ont planché sur la mise en place de plaques bilingues,
sur initiative de leurs présidents respectifs, Christelle Ritz (quartier
Franklin) et Thierry Nicolas (quartier Fonderie). Des groupes de travail composé
d'habitants des quartiers respectifs se sont réunis et ont formulé
des propositions, ensuite soumises au Conseil consultatif du patrimoine mulhousien
et à des linguistes. Ceci afin d'appliquer désormais pour la graphie
la charte harmonisée des dialectes alsaciens.

DNA 17 février 2009
Suite à ses travaux, le programme pour 2010 a été
validé par le conseil
municipal lors de sa séance du 26 avril 2010. 57 plaques ont été
ensuite
mises en place début 2010, concernant 6 rues du Vieux Mulhouse (désormais
totalement bilingue), 9 du quartier Franklin et 6 du quartier Fonderie.
Début 2010, la démarche a également été
engagée par le quartier Rebberg,
sur impulsion de son président, Michel Samuel-Weis.